preloder
0
  • Aucun produit dans le panier.

Cécile Kaorate, petite-fille de Nicolas Peltier

Précédent Suivant

S’il y a des ancêtres autochtones sur lesquels on possède beaucoup d’informations, c’est bien Nicolas Peltier, sa petite-fille Cécile Kaorate et son arrière-petite-fille Geneviève Gagnon. Le fait que Peltier ait œuvré pour le gouverneur et que l’époux de Geneviève Gagnon, Hugh Blackburn, se soit aussi fait un nom dans le commerce des fourrures, y contribuent certainement pour beaucoup. Plusieurs des clients pour lesquels nous effectuons la recherche d’ascendance métisse descendent de Cécile Kaorate.

Nos précédents articles de blogues sur les ancêtres autochtones retracent d’avantage les difficultés et débats entourant ces derniers. Celui-ci nous replongera plutôt dans l’histoire de la Nouvelle-France du 17e et 18e siècle, la traite des fourrures et l’immigration de Higlanders écossais.

Nicolas Peltier a grandi à Sillery, tout près des Jésuites et du fort Saint-François-Xavier, qui servait à protéger la commune et les Indiens convertis des attaques répétées des Iroquois. Il a donc été éduqué auprès des Indiens de Sillery, pendant que ses parents travaillaient au poste de traite de Tadoussac.

Maison des Jésuites de Sillery. Celle-ci fut construite au début des années 1700, après l’incendie des deux premières.
La première mission, entourée d’un fort, fut construite en 1637 avant d’être abandonnée en 1698.
Source : Répertoire du patrimoine culturel du Québec, Maison des Jésuites-de-Sillery [en ligne]

À l’automne 1672, Nicolas se rend à Chicoutimi, après avoir été recruté par le gouverneur Frontenac et les jésuites afin de passer l’hiver au Lac-Saint-Jean et d’y faire la traite au profit de la Compagnie des Indes Occidentales. C’est dans le secteur de Métabetchouan, sur la rivière Couchepagane, qu’il s’installe. Il y rencontre une Montagnaise, Madeleine Tego8chik, avec qui il se marie chrétiennement le 22 juin 1673, après avoir promis de ne pas résider dans les bois comme les sauvages et d’éduquer leurs enfants dans les mœurs et la langue française. Le couple aura une fille, Marie-Jeanne, qui sera baptisée le 4 janvier 1675 et élevée à Sorel.

Madeleine Tego8chik décède le 24 mars 1677 sans lui donner d’autres enfants. Nicolas Peltier ne perdit pas de temps, puisque le 3 juin 1677, il épouse en secondes noces Françoise 8ebechinok8e à la mission de Métabetchouan. Sept enfants naquirent de cette union. Françoise décède quelque part entre la naissance de son dernier enfant en 1695 et le 5 août 1715, date à laquelle a lieu le troisième mariage de Nicolas Peltier, avec Marie Pechabanokueu. Le couple eut une fille, baptisée à Chicoutimi le 14 juin 1716. C’est d’ailleurs à Chicoutimi que Nicolas Peltier décède, le 12 février 1729, à l’âge de 79 ans.

Il existe un questionnement à savoir si c’est Marie-Jeanne, issue du premier mariage de Peltier ou Marie-Josephte, de son second mariage, qui est la mère de Cécile Kaorate. Le problème vient principalement du fait que lors du mariage de Cécile Kaorate avec Jean-Baptiste Gagnon, il n’est pas fait mention du nom de ses parents. Marie-Jeanne Peltier s’est mariée avec Thomas Kaorate, alors que Marie-Josephte a épousé en secondes noces Charles Kaorate. L’indice principal qui fait pencher vers Marie-Jeanne et Thomas est que ce dernier est témoin au mariage Gagnon-Kaorate. Seule chose certaine, c’est que Cécile Kaorate est bien la petite-fille de Nicolas Peltier.

De ce mariage Gagnon-Kaorate naquit Geneviève Gagnon, le 15 août 1757 à Montmorency. Cette dernière se maria avec Hugh Blackburn, un écossais fraîchement installé dans Charlevoix. Selon Russel Bouchard, ce dernier serait arrivé en Amérique au moment de la révolution américaine et de la prise de Montréal par les insurgés, en 1775. Il aurait possiblement fait parti du Royal Highland Emigrants, considéré comme le premier régiment de Highlanders au Canada.

Il fut ensuite recruté par John Malcom Fraser et John Nairne, propriétaires des seigneuries de Mount Murray (de l’est de la rivière Malbaie et Saint-Siméon) et Murray Bay (de l’ouest de rivière Malbaie jusqu’aux Éboulements). Tous deux avaient reçu ces seigneuries après avoir combattu dans l’armée de Wolfe et ils y firent venir d’autres soldats et écossais pour les coloniser.

Gauche : John Nairne débarquant à La Malbaie pour prendre possession de sa terre. À ses côtés, on remarque un Highlander.
Droite : plans des limites des Seigneuries de Mount Murray et Murray Bay.
Source : Saguenayensia, vol. 25, no.2, p. 40.

Il y œuvra en tant que meunier, scieur de planches et agent d’affaires pour les seigneurs. C’est dans ces années qu’eut lieu le mariage avec Geneviève Gagnon. Ils eurent 12 enfants, desquels découlent tous les Blackburn du Québec. C’est donc dire que tous les Blackburn sont métis.

Du fait de ce mariage avec une Montagnaise, Hugh acquit certains privilèges au niveau de la traite des fourrures. Le fait d’être également meunier lui donnait un avantage considérable pour faire affaire avec les Indiens. En raison du monopole, les seigneurs Fraser et Nairne ne possédaient aucun droit au niveau de la traite. Ils passèrent donc une entente avec Hugh Blackburn, qui put donc commercer pour eux en toute légalité et ainsi leur rapporter une part du profit.

En 1787, il devint le gérant de Malcom Fraser et s’occupait d’acheter en son nom toutes les billes de bois apportées à son moulin. Hugh Blackburn décède le 11 janvier 1833, à l’âge de 83 ans. Geneviève Gagnon lui survit quelques années et décède le 29 septembre 1835. Ils sont tous deux inhumés au cimetière de Saint-Étienne de La Malbaie. De leurs 12 enfants naquirent 112 petites enfants, dont plusieurs ont joués un rôle important dans la colonisation du Saguenay–Lac-Saint-Jean.


Sources :
Russel Bouchard. Naissance d’une nouvelle humanité au cœur du Québec, « Clan A Nicolas Peltier », Chicoutimi, 2013, pages 149 à 165.
Russel Bouchard. Naissance d’une nouvelle humanité au cœur du Québec, « Clan L Hugh Blackburn et Geneviève Gagnon », Chicoutimi, 2013, pages 262 à 273.
Jean-Charles Claveau. « Les Blackburn ». Saguenayensia, vol.25, no. 2, 1983, p.31.

Publié le février 25, 2020