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Concours d’histoire Raymond-Labonté : Le procès d’Edmond Gagné

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En tant que partenaire promotionnel du Concours d’histoire Raymond-Labonté, la Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine publie les 6 textes gagnants de l’édition 2018-2019 du concours sur son blogue. Le concours Raymond-Labonté « se préoccupe de la connaissance de l’histoire et de la condition politique, économique et sociale chez les jeunes1 ». Cette année, les participants devaient composer un texte sur le thème de « la justice au Saguenay-Lac-Saint-Jean ». La deuxième rédaction présentée a été rédigée par Alexis Nadeau, étudiant à l’école secondaire Kénogami, gagnant du 2e prix au niveau secondaire.

Un maillet utilisé dans les années 1960. Source : Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P366 Fonds Garde paroissiale de Girardville

 

Le procès d’Edmond Gagné

Dans une région semi-rurale comme le Saguenay Lac-St-Jean, il serait facile de croire que la criminalité est très éloignée, loin dans les grands centres. Toutefois, la région a connu son lot d’aventures judiciaires, des vols aux meurtres, la peine capitale a même déjà été accordée ici, au pays des bleuets.

À la lumière de cet énoncé, dans quelles circonstances Edmond Gagné s’est vu accordé la peine de mort pour le meurtre de sa tante, Irène Ouellet, en 1955?

La réponse à cette question se fera voir à travers le portrait de la scène de crime, le procès de M. Gagné, et finalement sa sentence.

 

I. PORTRAIT DU CRIME

Le 12 août 1955, Irène Ouellet est seule dans sa demeure de Bagotville après le départ de son mari Ludger Tremblay pour un voyage de pêche duquel il reviendra le 18 du même mois. C’est alors que la dame de 40 ans reçoit la visite de son neveu, Edmond Gagné, 20 ans.

  1. Découverte de la victime

Comme prévu, M. Tremblay revient de son voyage le vendredi 18 août en après-midi. En entrant, il fait une macabre découverte : le corps de sa femme est étendu sur un lit, en putréfaction. Son visage est tout enflé car un bout de literie lui serre le cou. Ses membres sont liés par de la corde, et M Tremblay aperçoit une grosse entaille dans son ventre. C’est à ce moment qu’il alerte la voisine du logement du haut, Mme Fortin.

  1. La scène de crime

Les enquêteurs se rendront vite compte que le coupable a laissé un nombre exorbitant de traces sur son passage. Par exemple, le fil du téléphone a été coupé, et M. Tremblay affirme que plusieurs choses sont disparues dans son logement, tel un bon nombre de ses vêtements. Puis, l’examen du cadavre par le médecin légiste a révélé que Mme Ouellet était décédée depuis environ 5 jours, dû à son état de décomposition très avancé, et que sa mort est réellement par strangulation, l’entaille sur son ventre n’étant que superficielle. Les enquêteurs apprendront rapidement la visite d’Edmond Gagné lors de la période estimée du décès d’Irène Ouellet et le retrouveront dans la nuit du 18 août.

 

II. LE PROCÈS

  1. Témoignages de la Couronne

Le procès s’ouvre le 21 novembre 19552. En 1 semaine, 40 témoins se seront présentés pour témoigner à la barre. De ces témoignages, certains ont un immense impact, tel celui de la sœur de Mme Ludger Tremblay, Nicole Ouellet. Celle-ci affirme avoir rendu visite à la victime le 12 août et a dansé avec l’accusé et Irène Ouellet, ce qui confirme la présence de M. Gagné chez sa tante le 12 août. Elle affirme également avoir eu une discussion au téléphone avec sa sœur le samedi 13 août, puis l’a rappelée sans obtenir de réponse les trois journées suivantes : « Elle [Nicole Ouellet] appela le numéro téléphonique des Tremblay dans la journée de dimanche, de lundi et aussi de mardi, sans recevoir aucune réponse3. » Également, Paul Daviault, qui a voyagé avec Edmond Gagné lors de sa fuite a affirmé que son compagnon de voyage a prétendu se nommer Ludger Tremblay, lui qui transportait une valise avec ces initiales. Cette valise sera plus tard identifiée par le mari de la défunte comme la sienne.

  1. L’alibi

L’accusé, affichant un air nonchalant, a ensuite offert sa version. Celle-ci ne tenait aucunement la route. En effet, M. Gagné a prétendu avoir ligoté et bâillonné sa tante pour ne pas qu’elle le suive lors de son départ. Il affirme aussi avoir entretenu une relation incestueuse avec elle. Il affirme que le couteau est toutefois tombé sur sa tante lorsqu’il coupait le tissu pour la bâillonner et que la présence du linge autour de son cou s’explique par le fait que son bâillon est tombé de sa bouche et l’a étranglée, ce qui sera vite démenti par les médecins légistes affirmant que seule la force humaine a pu serrer le tissu jusqu’à la mort de la victime. Au final, l’accusé n’aura jamais nié être le responsable du meurtre.

 

III. LA SENTENCE

  1. Le verdict

C’est le 1er décembre 1955 qu’Edmond Gagné est condamné à mort après une délibération excessivement courte du jury et un procès qui aura duré seulement 9 jours. Lors de l’annonce, un sourire narquois apparaît sur son visage. L’absence de défense crédible, les objets volés appartenant à Ludger Tremblay et ses antécédents criminels peu reluisants (vol avec violence) seront tous des éléments très incriminants.

  1. L’exécution

L’exécution est d’abord prévue pour le 24 février 1956. Or, elle sera reportée à maintes reprises dû aux sursis accordés à la défense pour leur tentative d’appel. Celle-ci sera toutefois rejetée. C’est donc le 30 novembre 1956 qu’il se voit exécuter sur la potence, à Québec.

 

CONCLUSION

En conclusion, l’affaire Edmond Gagné aura laissé sa marque dans le temps par une scène de crime digne d’un roman policier, par un procès particulièrement court mais médiatisé, ainsi que par une sentence exemplaire pour l’époque.

Ce procès rappelle que des événements majeurs tels qu’un meurtre peuvent arriver à n’importe qui, même une petite famille bien rangée dans un milieu très rural comme c’est le cas dans ce procès. Un meurtre tel que celui-ci peut bouleverser des vies pour des décennies et briser des familles. Il rappelle que la vie est incroyablement fragile et que l’amour l’emportera toujours sur la haine et la violence.

 

Annexe

FIGURE 1

Edmond Gagné à la sortie du palais de justice de Chicoutimi le 23 août 1955

SOCIÉTÉ HISTORIQUE DU SAGUENAY, Edmond Gagné quitte le Palais de Justice pour la prison commune après avoir entendu son acte d’accusation de meurtre, 1955, Chicoutimi, Société historique du Saguenay, [en ligne] (page consultée le 3 mars 2019).

Par Alexis Nadeau, 2e prix niveau secondaire

 

Bibliographie

Livres (affiche) :

LAMONTAGNE, Mélanie. Un jeune homme de 20 ans assassine sa tante, Chicoutimi, BAnQ, 2015, 1 page.

Ressources électroniques :

LE PROGRÈS DU SAGUENAY, « Edmond Gagné a expié son crime », dans Le progrès du Saguenay, Chicoutimi, Ville de Chicoutimi, 1956, 30 novembre 1956, 10 pages, [en ligne] (page consultée le 17 février 2019).
LE PROGRÈS DU SAGUENAY, « Edmond Gagné demandera un délai d’exécution », dans Le progrès du Saguenay, Chicoutimi, Ville de Chicoutimi, 1956, 2 novembre 1956, 8 pages, [en ligne] (page consultée le 18 février 2019).
LE PROGRÈS DU SAGUENAY, « Edmond Gagné échoue devant la Cour d’Appel », dans Le progrès du Saguenay, Chicoutimi, Ville de Chicoutimi, 1956, 2 octobre 1956, 8 pages, [en ligne] (page consultée le 23 février 2019).
LE PROGRÈS DU SAGUENAY, « Edmond Gagné envoyé aux assises », dans Le progrès du Saguenay, Chicoutimi, Ville de Chicoutimi, 1955, 27 août 1955, 8 pages, [en ligne] (page consultée le 17 février 2019).
LE PROGRÈS DU SAGUENAY, « L’appel d’Edmond Gagné a été rejeté », dans Le progrès du Saguenay, Chicoutimi, Ville de Chicoutimi, 1956, 27 octobre 1956, 8 pages, [en ligne] (page consultée le 16 février 2019).
LE PROGRÈS DU SAGUENAY, « L’appel de Edmond Gagné reporté en avril prochain », dans Le progrès du Saguenay, Chicoutimi, Ville de Chicoutimi, 1956, 29 février 1956, 10 pages, [en ligne] (page consultée le  18 février 2019).
LE PROGRÈS DU SAGUENAY, « L’appel de Edmond Gagné reporté une troisième fois », dans Le progrès du Saguenay, Chicoutimi, Ville de Chicoutimi, 1956, 4 avril 1956, 8 pages, [en ligne] (page consultée le 23 février 2019).
LE PROGRÈS DU SAGUENAY, « La Couronne terminerait sa preuve aujourd’hui », dans Le progrès du Saguenay, Chicoutimi, Ville de Chicoutimi, 1955, 29 novembre 1955, 8 pages, [en ligne] (page consultée le 17 février 2019).
LE PROGRÈS DU SAGUENAY, « Les procureurs de Edmond Gagné basent leur appel sur des questions de droit », dans Le progrès du Saguenay, Chicoutimi, Ville de Chicoutimi, 1955, 20 décembre 1955, 8 pages, [en ligne] (page consultée le 10 février 2019).
LE PROGRÈS DU SAGUENAY, « Sursis accordé à Edmond Gagné », dans Le progrès du Saguenay, Chicoutimi, Ville de Chicoutimi, 1956, 5 novembre 1956, 8 pages, [en ligne] (page consultée le  24 février 2019).
LE SOLEIL, « Accusé de meurtre, Edmond Gagné sera jugé aux prochaines Assises », dans Le Soleil, Chicoutimi, 1955, 27 août 1955, 28 pages, [en ligne] (page consultée le 23 février 2019).
LE SOLEIL, « L’enquête sur la mort de madame L. Tremblay », dans Le Soleil, Chicoutimi, 1955, 23 août 1955, 24 pages, [en ligne] (page consultée le 18 février 2019).
LE SOLEIL, « La sœur de la victime témoigne au procès d’Edmond Gagné », dans Le Soleil, Québec, 1955, 29 novembre 1955, 26 pages, [en ligne] (page consultée le 16 février 2019).
SOCIÉTÉ HISTORIQUE DU SAGUENAY, Edmond Gagné quitte le Palais de Justice pour la prison commune après avoir entendu son acte d’accusation de meurtre, 252 x 200, 1955, Chicoutimi, Société historique du Saguenay, [en ligne] (page consultée le 3 mars 2019).


1 Concours d’histoire Raymond-Labonté, 2019 [en ligne].
2 Voir annexe.
3 LE SOLEIL, « La sœur de la victime témoigne au procès d’Edmond Gagné », dans Le Soleil, Québec, 1955, 29 novembre 1955, 26 pages, [en ligne] (page consultée le 16 février 2019).

Publié le juillet 9, 2019