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Concours Raymond-Labonté : L’Orphelinat de Chicoutimi

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En tant que partenaire promotionnel du concours d’histoire Raymond-Labonté, la Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine publie les 7 textes gagnants de l’édition 2019-2020 du concours sur son blogue. Le concours Raymond-Labonté « se préoccupe de la connaissance de l’histoire et de la condition politique, économique et sociale chez les jeunes1 ». Cette année, les participants devaient composer un texte sous le thème « Explorer l’histoire à travers la mémoire ». La première rédaction présentée pour cette édition-ci du concours a été rédigée par Hélène Darmstadt-Bélanger, étudiante à l’École secondaire Kénogami et gagnante du 1er prix au niveau secondaire.

Les 4 premières soeurs enseignantes de Saint-Thomas-Didyme : Soeur St-Edmond, Soeur St-Emilien, Soeur Ste-Bernadette et Soeur St-Guy, année inconnue. Source : SHG Maria-Chapdelaine, P282 Fonds 75e de Saint-Thomas-Didyme (P282/A1/5.1.2,5). Note : Cette image sert uniquement à illustrer des religieuses.

L’Orphelinat de Chicoutimi : Souvenirs de Mme Marie Potvin

La tragique histoire qui suit décrit la jeunesse de beaucoup trop de Saguenéens avant la Révolution tranquille. C’est aussi un récit qui se déroule dans un lieu avec lequel tout passionné d’histoire de la région sera familier. L’édifice abritant aujourd’hui la Société historique du Saguenay, à Chicoutimi, avait une allure bien différente autrefois. Marie Potvin ne se souvient que trop bien de l’époque où il s’agissait encore de l’Orphelinat de l’Immaculée Conception, puisqu’elle y a vécu onze ans.

Marie Potvin à l’Institut familial en 1955. / Source : Bibliothèque et Archives nationales du Québec – Chicoutimi, Service de l’iconographie, P247, S2, P55-0121.

Marie Potvin vit le jour le 4 janvier 1936 à Saint-Félix-d’Otis. Fille de Joseph Potvin et d’Apolline Boudreault, elle est la dixième d’une famille de treize enfants. De nos jours, au Québec, le taux de fécondité se situe autour de seulement 1,592, alors qu’il était encore de 3,85 en 1951. Il est facile d’oublier que l’époque des familles nombreuses n’est pas si lointaine. Ce fort accroissement naturel entraînait néanmoins son lot de conséquences. Après la naissance de Marie, un médecin déconseilla fortement à sa mère d’avoir d’autres enfants. Or, en raison de la pression du clergé catholique, Apolline eut encore trois enfants et mourut tragiquement en accouchant du dernier, le 18 janvier 1941. Trop occupé à travailler pour nourrir sa famille, Joseph Potvin se retrouva incapable de trouver le temps pour s’occuper adéquatement de sa progéniture. C’est ainsi que le 7 septembre 1943, Marie et sept de ses plus jeunes frères et sœurs entrèrent à l’orphelinat de Chicoutimi. Elle y séjourna jusqu’en 1949, à l’exception de l’été, saison durant laquelle, à leur grande joie, les enfants retournaient auprès de leur père. Puis, pour deux brèves années, elle fréquenta l’école du village de Saint-Félix-d’Otis. Par après, elle rentra de nouveau à l’orphelinat afin de poursuivre ses études à l’Institut familial, jusqu’à sa graduation, en juin 1956. C’est alors qu’elle quitta définitivement l’Orphelinat de l’Immaculée, mais ses souvenirs de cette période de sa vie, qu’elle qualifie aujourd’hui de « très dure » ne la quitteront jamais. D’une routine stricte et de cérémonies religieuses rigoureuses jusqu’à de l’abus par les sœurs, elle peut en parler pendant des heures.

Un dortoir de l’Orphelinat de l’Immaculée Conception à Chicoutimi. / Source : Société historique du Saguenay, P002, S1, D1549, P7.1-30.

L’orphelinat de Chicoutimi fut fondé en 1931 par la communauté des Petites Franciscaines de Marie de Baie-Saint-Paul, à la demande de Monseigneur Labrecque. Un rapport datant de 1955, détaillant les raisons pour un éventuel agrandissement, nous donne une bonne idée des conditions de vies qu’on y retrouvait. À cette époque, l’établissement accueillait 510 enfants, dont 50 élèves de l’Institut familial, parmi elles Marie. Ces dernières dormaient toutes dans le même dortoir, ne partageant que trois armoires pour y déposer leurs effets personnels. Les jeunes filles n’avaient comme seuls autres meubles communs qu’un petit bureau de toilette et une chaise. L’espace pour circuler était si retreint qu’il fallait « à chaque allée et venue, déplacer la voisine3 ». La situation dans la salle de classe et de couture n’était guère meilleure. Le rapport décrit en détail comment les orphelins plus jeunes vivaient également la même réalité. Des enfants déjà en détresse après avoir perdu l’un ou leurs deux parents se retrouvaient sans même un simulacre d’intimité, entassés dans des dortoirs et classes exiguës et insalubres avec des dizaines de leurs semblables et ce, à longueur de journée. Il est d’ailleurs important de noter que le personnel n’était pas exempté du manque d’espace, les religieuses n’ayant même pas de propre chambre à coucher. La construction d’une nouvelle aile fut enfin menée à bien en 1963, après avoir été repoussée à plusieurs reprises, faute de financement.

Avec la Révolution tranquille et la baisse de l’influence du clergé qui s’ensuivit ainsi que l’arrivée de la pilule contraceptive et de l’avortement, l’Orphelinat de l’Immaculée, voyant le nombre d’enfants qu’on lui confiait diminuer, perdit peu à peu sa raison d’être. C’est finalement le 30 juin 1968 qu’il ferma ses portes. Malgré sa disparition, il demeure impératif de veiller à ce que la douleur et la détresse des centaines d’enfants qui, comme Marie, y ont vécu ne soient jamais oubliées.

 


NOTES DE BAS DE PAGE
1 Site web du Concours d’histoire Raymond-Labonté [en ligne : https://concours-histoire.cegepjonquiere.ca/pourquoi-ce-concours.php]. 
2 Indice synthétique de fécondité au Québec en 2018. QUÉBEC, INSTITUT DE LA STATISTIQUE. Taux de fécondité selon le groupe d’âge de la mère, indice synthétique de fécondité et âge moyen à la maternité, Québec, 1951-2018 [en ligne : https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/naissance-fecondite/402.htm] (Page consultée le 15 mars 2020).
3 Bibliothèque et Archives nationales du Québec – Chicoutimi, Projet d’agrandissement Orphelinat de l’Immaculée Conception à Chicoutimi., P68, D7.4


BIBLIOGRAPHIE
1. Livres
LACOURSIÈRE, Jacques. Histoire populaire du Québec, tome V, 1960 à 1970, Sillery (Québec), Septentrion, 2008, 456 p.
2. Articles de périodiques
BOUCHARD, Russel. « Lexique historique des communautés religieuses au Saguenay-Lac-Saint-Jean », Saguenayensia, vol. 33, n°3 (juillet-septembre 1991), p. 6-13.
GAUDREAULT, Sylvain. « Soixantième anniversaire de l’arrivée des Petites Franciscaines de Marie à Chicoutimi », Saguenayensia, vol. 33, n°3 (juillet-septembre 1991), p. 10.
LE LINGOT. « Agrandissement de $ 1,300,000 à l’orphelinat de Chicoutimi », Le lingot (11 octobre 1962), p. 14.
LE LINGOT. « Plusieurs feux en peu de temps », Le lingot (30 mai 1963), p. 20.
LE LINGOT. « L’orphelinat de Chicoutimi doté de nouveaux services », Le lingot (22 août 1963), p. 12
3. Documents d’archives
Bibliothèque et Archives nationales du Québec – Chicoutimi, Projet d’agrandissement Orphelinat de l’Immaculée Conception à Chicoutimi., P68, D7.4
Bibliothèque et Archives nationales du Québec – Chicoutimi, Service de l’iconographie, P247, S2, P55-0121
Société historique du Saguenay, P002, S1, D1549, P7.1-30
4. Ressources électroniques
Fédération du Québec pour le planning des naissances. « La contraception au Québec », Fédération du Québec pour le planning des naissances [en ligne : https://www.fqpn.qc.ca/public/informez-vous/contraception/la-contraception-au-quebec/] (Page consultée le 15 mars 2020).
QUÉBEC, INSTITUT DE LA STATISTIQUE. Taux de fécondité selon le groupe d’âge de la mère, indice synthétique de fécondité et âge moyen à la maternité, Québec, 1951-2018 [en ligne : https://www.stat.gouv.qc.ca/statistiques/population-demographie/naissance-fecondite/402.htm] (Page consultée le 15 mars 2020).
5. Autres ressources
DARMSTADT-BÉLANGER, Hélène. Entrevue avec Madame Marie Potvin, Arvida, 16 décembre 2019.

Publié le janvier 29, 2021