Dans la perspective de collaborer et de promouvoir les archives d’ici, quatre sociétés d’histoire du Lac-Saint-Jean s’unissent pour la Semaine d’histoire du Lac : 7 jours de publications où chacune partage des histoires inusitées de son territoire grâce à des documents d’archives. Découvrez celles de la Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, ou celles de la Société d’histoire Domaine-du-Roy, Société d’histoire du Lac-Saint-Jean et Société d’histoire et d’archéologie de Mashteuiatsh dans la semaine du 6 au 12 avril 2025.

En 1932, Girardville a été secoué par un schisme religieux qui a profondément marqué la communauté – dont on se souvient encore 93 ans plus tard. Voici comment circule l’histoire entourant ces tensions. Nos ancêtres en auraient certainement beaucoup plus à raconter, et certains préfèreraient peut-être se taire !

Tout a commencé au début des années 1930, lorsque l’abbé Octave Bergeron et Mgr Charles-Antonelli Lamarche ont décidé de remplacer la chapelle désuète au cœur du village de Girardville en proposant d’ériger une nouvelle église… 6,4 kilomètres (4 milles) plus loin, dans le rang 4! Le clergé avait un grand pouvoir décisionnel, à cette époque, et nul n’osait jamais les contredire – du moins, habituellement!
Cette fois, dans le village de Girardville, ce serait différent. Défiant l’autorité, les résidents du Grand Rang contestent cette décision de ne pas reconstruire le nouveau lieu de culte à proximité de l’ancien. Selon eux, le noyau de la paroisse rassemble les commerces et est le plus peuplé, donc il devrait aussi y avoir leur église.
Parmi les dissidents, Alexina Dallaire et son mari Pierre Doucet, figures influentes du village, menèrent la contestation avec détermination. La première chapelle avait par ailleurs été construite sur les terres de ce couple de fondateurs, en 1925, et M. Doucet avait été le premier maire de Girardville, en 1921.

Mobilisant leurs voisins, ils érigent même une barricade pour empêcher le curé d’entrer dans sa propre chapelle alors qu’il venait y récupérer des objets, ce qui coûta un séjour à la prison de Roberval à Mme Dallaire!
La tension monte rapidement : d’un côté, une partie de la population est en colère vis-à-vis le déplacement de leur centre religieux, de l’autre, un clergé inflexible. L’évêque Lamarche maintient sa décision, accentuant le sentiment d’injustice parmi les habitants du Grand Rang. Tous avaient un parti pris.

Devant ce blocage, un groupe a fait le choix radical de quitter l’Église catholique pour se tourner vers le protestantisme, en particulier la religion évangélique. Ce changement crée une fracture au sein de la communauté, divisant familles et voisins. Dans un village d’environ 450 habitants, on parle d’une quarantaine d’âmes qui ont tenu tête à l’autorité en abandonnant leurs convictions religieuses, en 1933, à la suite de la construction de l’église.
Les apostats ont invité deux pasteurs protestants, John H. Spreeman de Toronto et Noah Gratton de Grand Bend, en Ontario, pour desservir la nouvelle communauté autonome protestante surtout composée des résidents du Grand Rang (ou rang Notre-Dame). De cette scission ont été créés la salle évangélique de Girardville, l’école protestante (en 1937) et un cimetière distinct.

Une quarantaine d’années plus tard, en 1973, on dénombre toujours 54 adeptes de la religion évangéliste (ou 16 familles), en comparaison avec 1 429 personnes (ou 292 familles) de religion catholique.
Le schisme de 1932-1933 laisse son empreinte sur Girardville. Catholiques et évangélistes ont coexistés, mais on évite parfois d’aborder ce qui peut encore être source de conflit. Les livres d’histoire de Girardville n’en parlent pas (Cinquantième anniversaire de Girardville 1932-1982 et Girardville 75 ans 1921-1996).

Si les tensions s’apaisent avec le temps, le souvenir de cette division demeure vivace dans la mémoire collective. Mgr Jean-Guy Couture a fait des excuses publiques au sujet de ce malheureux événement, insistant que « le moment était venu de reconnaître les torts de l’Église », en 2000, histoire de « [purifier] la mémoire ». Ainsi, le schisme se retrouve cette année-là parmi une liste de 17 événements historiques reconnus comme des erreurs de l’Église recensées par le Conseil diocésain de Pastorale et que l’on cherche à excuser.

Par Frédérique Fradet, archiviste
Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine

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Références (consultées en mars 2025) :
Aurélien Boivin. Curiosités du Lac-Saint-Jean, Les Éditions GID, Québec, 2020, 223 p.
Daniel Côté. « Schisme de 1932 à Girardville, : L’Église a abusé de son autorité », Progrès-Dimanche, 19 mars 2000, cahier 1, p. 5, dans BAnQ Numérique [En ligne].
François Belley. « Nos églises : Notre-Dame-de-Lourdes de Girardville », Progrès-Dimanche, 25 février 1973, p. 54, dans BAnQ Numérique [En ligne].
J.-Émile Fortin. Mémoires de M. Pierre Cauchon de Girardville, né le 12 août 1884, Girardville, 24 mars 1969, 7 p. (Conservé à la Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine).
Municipalité de Girardville. Girardville 75 ans 1921-1996, Girardville, 1995, 231 p.
Roger Blackburn. « Le Schisme du Grand Rang à Girardville », Le Quotidien, 11 août 2023 [En ligne].
Pour aller plus loin :
Julien Gravelle. Le schisme de Girardville : intrigante histoire d’une querelle religieuse, Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, 29 mai 2023 [En ligne].
Sur la carte :
Église des Frères Chrétiens, 1081, Rang Notre Dame, Girardville, QC G0W 1R0 [Lien Google Maps].
Église Notre-Dame-de-Lourdes, 163, rue Principale, C.P. 1220, Girardville, QC G0W 1R0 [Lien Google Maps].

