Dans la perspective de collaborer et de promouvoir les archives d’ici, quatre sociétés d’histoire du Lac-Saint-Jean s’unissent pour la Semaine d’histoire du Lac : 7 jours de publications où chacune partage des histoires inusitées de son territoire grâce à des documents d’archives. Découvrez celles de la Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, ou celles de la Société d’histoire Domaine-du-Roy, Société d’histoire du Lac-Saint-Jean et Société d’histoire et d’archéologie de Mashteuiatsh dans la semaine du 6 au 12 avril 2025.
L’histoire de Jim McNicoll dit Raphaël est l’une des plus singulières du territoire de Saint-Thomas-Didyme. La tradition orale raconte que cet esclave d’ascendance à la fois inuit et écossaise fuit un bateau de commerce, vers 1850, pour s’installer dans un coin reculé du Lac-Saint-Jean encore inhabité. Ce faisant, il y laisse sa trace sur la toponymie et l’histoire du lac portant son nom, le Lac-à-Jim. En cette semaine d’histoire du Lac, rappelons-nous la légende locale de cette fuite hors du commun.

D’esclave à homme libre
D’abord, le contexte selon une légende familiale. Vers 1850, un navire marchand serait parti d’Écosse avec, à bord, des esclaves destinés à être vendus en Amérique. Jim McNicoll aurait fait partie du voyage, mais il réussit à s’échapper. Lors d’une escale à Montréal, il saisit une occasion inespérée et prend la fuite sous le nez de ses gardiens. Plutôt que de suivre les routes fréquentées, pour éviter qu’on le retrouve, il emprunte le Saint-Laurent jusqu’à la rivière Saint-Maurice, trouvant refuge dans les eaux et les forêts qui bordent son chemin.
Ce territoire inconnu devient son salut : pêche abondante, gibier en quantité, il survit en harmonie avec la nature. Au fil de son errance, il atteint un village autochtone nommé Motachaîne, où son héritage inuit lui vaut l’acceptation des habitants. C’est là qu’il adopte un nouveau nom : Raphaël.
Motachaîne, ou Motachene, tel qu’inscrit comme toponyme en 1829, représenterait vraisemblablement la réserve autochtone Wemotaci, en Mauricie, à plus d’une centaine de kilomètres au nord-ouest de La Tuque, où McNicoll a rencontré la communauté des Attikameks (Atikamekw).
Un refuge chez les Atikamekw
Pendant quelques années, il vit parmi les Atikamekw comme chez les siens, y étant accepté de par son sang inuit, et se fait appeler Jim Raphaël. Il épouse une femme de la communauté, mais ne fonde pas encore de descendance.
Son répit est toutefois de courte durée : des marchands de fourrures rapportent qu’on recherche toujours d’anciens esclaves fugitifs. Alerté, il n’hésite pas. Sur les conseils des siens, il charge un canot d’écorce avec quelques vivres et, accompagné de son épouse, remonte la Saint-Maurice.
Le couple traverse montagnes et rivières, empruntant les chemins montagneux afin d’éviter de se faire suivre. Ils remontent ensuite la rivière Chamouchouane, puis la Micosas, avant d’arriver sur les rives d’un lac isolé, celui qui porterait un jour son nom (bien qu’il ne s’en doute pas). Loin de toute menace, le couple établit son campement sur une pointe inhabitée qu’on nommera plus tard la Pointe-à-Ti-Biche, au Lac-à-Jim.
Une famille et un héritage
Vers 1870, Jim et sa femme accueillent leurs premiers enfants. Cinq naissent avant l’arrivée d’un missionnaire, le père Simonais, à la recherche de familles autochtones pour le baptême. Il baptise les enfants (Simon, Modeste, Johnny, Marie et Xavier) et rassure enfin la famille en leur apprenant que l’esclavagisme est totalement aboli. Il n’y a plus de risques.
Le père Simonais donne officiellement un nom au lac, qui devient le Lac-à-Jim, en hommage à cet homme qui a su transformer sa fuite en un nouveau départ. Attaché à ses racines, Jim érige une croix en mémoire du missionnaire et fait promettre à sa descendance de perpétuer cette tradition de la croix.

Dès lors, la famille Raphaël prospère. Convaincu que le danger est écarté, Jim entreprend le voyage vers Pointe-Bleue, renouant avec le monde extérieur. De nouveaux enfants voient le jour : Tomy, Philomène et Jacques, ce dernier étant surnommé Ti-Biche.
L’histoire de Jim Raphaël se transmet de génération en génération, et des années encore, ses descendants ont abité les rives du lac qu’il a marqué de son nom. De nos jours, le Lac-à-Jim est devenu un centre touristique où se tient chaque été un marathon de nage et autres activités.

L’histoire de Jim McNicoll dit Raphaël, un témoignage de résilience et de quête de liberté, représente l’héritage et les racines de Saint-Thomas-Didyme.
Ce récit peut sembler farfelu et il est ici raconté tel que diverses sources l’ont cité. Le tout provient du témoignage de Jean Raphaël, petit-fils de Jim McNicoll dit Raphaël, paru entre autres dans un article du journal L’Étoile du Lac, le 22 octobre 1980. Quelques chercheurs perpétuent l’histoire et y croient alors que d’autres la réfutent grâce à des sources généalogiques. Pour que l’idée fasse autant de chemin, n’y a-t-il pas une part de vérité ? Qu’elle soit véridique ou non, il y a un attachement local à cette histoire qu’on ne peut ignorer.
Par Frédérique Fradet, archiviste
Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine

Références :
Conseil des Atikamekw de Wemotaci. « La communauté », 2025 [En ligne].
« L’étonnante odyssée de Jim McNicoll, premier habitant de Saint-Thomas racontée par son petit-fils, Jean Raphaël », L’Étoile du Lac, 22 octobre 1980.
Municipalité de Saint-Thomas-Didyme. « Historique du Centre villégiature Lac-à-Jim », 28 janvier 2025 [En ligne].
Municipalité de Saint-Thomas-Didyme. « Histoire ancienne, Histoire ancienne de la paroisse de Saint-Thomas-Didyme raconté par monsieur Jean Raphaël, entrevue de madame Antonine Potvin en 1980 » dans L’histoire de Saint-Thomas-Didyme, Saint-Thomas-Didyme [En ligne].
Municipalité de Saint-Thomas-Didyme. « Saint-Thomas-Didyme 1925-2000, 75e anniversaire de fondation de St-Thomas-Didyme », Saint-Thomas-Didyme, 2000, 263 pages.
Ressources naturelles Canada, Division des levés officiels, historique foncier. « Communauté de Wemotaci » [En ligne].
Wikipédia. « Wemotaci », Wikipédia, 12 février 2025 [En ligne].
Parmi les auteurs qui réfutent la légende :
Guy McNicoll. Les McNicoll au Québec : L’origine de notre ADN, des Highlands à La Malbaie [À consulter ici].
Russel Bouchard. Naissance d’une nouvelle humanité au coeur du Québec, 2013, pp. 356-366.
Source des images :
Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P282 Fonds 75e de Saint-Thomas-Didyme [Instrument de recherche].

