Comprendre les anciens formats audiovisuels… et comment nous les sauvegardons : la pellicule

Les films et vidéos de famille ont évolué au rythme des technologies. Chaque époque a eu son format, sa caméra, sa façon d’enregistrer les images.
Aujourd’hui, ces supports sont devenus fragiles ou obsolètes. Pour bien comprendre l’importance de la numérisation, il faut d’abord comprendre comment ils fonctionnent.
Les pellicules : quand l’image est gravée dans la matière
Bien avant la cassette VHS et la vidéo numérique, les images étaient enregistrées sur pellicule.
Les formats de pellicule les plus courants ont marqué différentes époques de l’histoire du cinéma et du film amateur. Le 35 mm, mis au point en 1892, est devenu le standard du cinéma professionnel mondial et demeure encore aujourd’hui une référence dans l’industrie. Plus accessible, le 16 mm, apparu dans les années 1920, a été largement utilisé par les institutions et les cinéastes pour documenter la vie publique et communautaire.

Sur pellicule, le son peut être enregistré de deux façons. Il peut être optique, photographié directement sur le film sous forme d’une piste visuelle, ou être magnétique, grâce à une bande magnétique appliquée sur la pellicule, fonctionnant selon un principe semblable à celui des cassettes audios.
Pour le grand public, ce sont surtout les formats 8 mm, lancé en 1932, puis Super 8, introduit en 1965, qui ont permis aux familles de filmer leurs souvenirs. Plus simple à manipuler et plus pratique à charger grâce à son système de cartouche, le Super 8 a rapidement remplacé le 8 mm traditionnel dans les foyers.

À l’origine, les films 8 mm et Super 8 étaient muets. L’image était captée, mais aucun son n’était enregistré. En 1973, Kodak lance le Super 8 sonore, qui intègre une fine piste magnétique directement collée sur le bord de la pellicule. Cette innovation permet enfin d’enregistrer le son en synchronisation avec l’image, transformant l’expérience du film amateur.
Comment différencier les formats ?
On peut reconnaître les formats par : la largeur de la bande, la taille et la forme des perforations et la présence d’une piste sonore optique ou magnétique.

Comment l’image est-elle enregistrée ?
La pellicule est une bande souple (à l’origine en nitrate ou en acétate, aujourd’hui en polyester) recouverte d’une émulsion photosensible.
Lorsque la lumière traverse l’objectif de la caméra :
- Elle impressionne chimiquement l’émulsion.
- Chaque image est exposée individuellement.
- La pellicule avance mécaniquement image par image.
Une seconde de film contient généralement 16, 18 ou 24 images fixes, selon le type de caméra. Lorsqu’on projette ces images rapidement à l’aide d’un projecteur, l’œil perçoit un mouvement continu. Le cinéma et les films familiaux reposent sur cette illusion optique.
Les défis aujourd’hui
Même si la pellicule peut durer longtemps lorsqu’elle est bien conservée, elle demeure vulnérable. On observe fréquemment :
- Rétrécissement de la pellicule;
- Cassures ou déchirures;
- Syndrome du vinaigre (dégradation chimique de l’acétate… eh oui, le film sent réellement le vinaigre).
De plus, les projecteurs fonctionnels deviennent rares, et leur utilisation peut fragiliser davantage les films anciens.
Comment les numérisons-nous ?
La numérisation de pellicule ne consiste pas à projeter le film sur un mur et à le refilmer. Nous utilisons des équipements spécialisés qui captent directement chaque image.
L’appareil Retroscan permet de numériser les films 8 mm en 1080 p et les films 16 mm en 2 k. Il prend une photo de chaque petite image se retrouvant sur les bandes avant de les assembler dans un film. Son seul désavantage est qu’il ne capte pas le son.
Notre numériseur Cintel est un scanneur haut de gamme. Il permet de numériser du 8 mm, du 16 mm et du 35 mm. Il numérise en synchronisation avec l’image le son optique et magnétique. Il a la particularité de scanner l’entièreté de la bande, donc on y voit le son et les perforations aussi. On recadre ensuite pour ne garder que l’image.


Pourquoi cette expertise est importante
Numériser un film ancien n’est pas simplement brancher un appareil et appuyer sur « lecture ».
Chaque format a ses particularités techniques, ses fragilités et chaque intervention comporte un risque si elle est mal effectuée.
À la Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, notre approche s’inspire des pratiques archivistiques professionnelles. Nous traitons chaque document comme un témoin unique de la mémoire familiale et collective.
Par Marie-Chantale Savard, archiviste Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine
et responsable du service de numérisation audiovisuelle
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