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Un ours polaire égaré à Sainte-Jeanne-d’Arc en 1938

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Dans la perspective de collaborer et de promouvoir les archives d’ici, quatre sociétés d’histoire du Lac-Saint-Jean s’unissent pour la Semaine d’histoire du Lac : 7 jours de publications où chacune partage des histoires inusitées de son territoire grâce à des documents d’archives. Découvrez celles de la Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, ou celles de la Société d’histoire Domaine-du-Roy, Société d’histoire du Lac-Saint-Jean et Société d’histoire et d’archéologie de Mashteuiatsh dans la semaine du 6 au 12 avril 2025.

Connaissez-vous l’histoire fascinante de l’ours blanc égaré à Sainte-Jeanne-d’Arc en 1938 ? Cet événement insolite a captivé les habitants de la région lorsque, en octobre, un ours polaire a été aperçu bien loin de son habitat naturel.

Une chasse hors du commun

Sous le titre « Un rare visiteur est abattu », le journal Le Soleil rapporte que M. Henri Gauthier, de Péribonka, a abattu l’animal d’un seul coup de carabine. L’ours, imposant, mesurait 8 pieds et 3 pouces (2,50 m). Une telle rencontre a provoqué fascination et stupéfaction. Comment un ours polaire avait-il pu se retrouver dans cette partie du Lac-Saint-Jean ?

L’emplacement exact de l’abattage reste sujet à discussion. L’article mentionne « sur les bords de la rivière Savard, à trois milles de l’estuaire de la Péribonka ». Puisqu’il est très improbable que l’on parle de la rivière Savard aux Passes Dangereuses, qui est très éloignée, on pense qu’on fait plutôt référence au ruisseau Savard à Vauvert, près de l’embouchure de la Péribonka. Ce dernier lieu semble le plus probable, si l’on se fie à la distance mentionnée et au lieu de résidence de la famille Gauthier.

Qui était Henri Gauthier ?

Né à Péribonka le 26 février 1913, Henri Gauthier était le fils de Charles-Eugène Gauthier et d’Emma Néron. Lors du recensement de 1931, à 18 ans, il est identifié comme « aide-fermier » sur la ferme familiale à Vauvert, Saint-Amédée de Péribonka. Issu d’une famille nombreuse, il a de nombreux demi-frères et demi-sœurs du premier mariage de son père avec Luce Gagnon (décédée en août 1903).

À la maison avec plusieurs jeunes enfants, le père de famille, Charles-Eugène, se remarie en 1905 avec Emma Néron. Le couple aura une progéniture de 12 enfants, faisant en sorte qu’Henri aura eu 18 frères et soeurs, si on prend en compte les enfants décédés en bas âge également, nés de deux mariages différents.

En 1956, Henri Gauthier, notre chasseur, épouse Yvette Roy à Charny (Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours), à 43 ans, où il réside jusqu’à son décès en avril 1975. Lorsqu’il abat l’ours polaire en 1938, il a donc 25 ans, célibataire et demeurant à Vauvert.

Un mystère toujours irrésolu

Comment cet ours polaire s’est-il retrouvé dans la MRC de Maria-Chapdelaine ? Deux hypothèses circulent : certains croient qu’il aurait erré des mois depuis les régions arctiques, tandis que d’autres suggèrent qu’il aurait été capturé jeune par des chasseurs puis relâché une fois adulte. Le mystère demeure. Une chose est certaine, l’animal a été abattu par souci de sécurité, l’ours blanc étant considéré dangereux et particulièrement imposant.

Une rencontre marquante

En 1938, voir un ours polaire en chair et en os relevait de l’inimaginable. Sans télévision et avec un zoo de Saint-Félicien qui n’ouvrira qu’en 1960, les habitants n’avaient accès à ces animaux que par le biais de photos en noir et blanc, dans le journal, peut-être. L’ours en question ne pouvait provenir d’un zoo et venait probablement de l’Arctique.

Le photographe Joseph-Émile Chabot, propriétaire d’un studio à Roberval depuis 1924, a immortalisé l’instant. Son cliché a été publié dans Le Soleil, permettant aux habitants de l’époque d’admirer cet exploit hors du commun.

Cet épisode singulier rappelle l’importance de la préservation des habitats naturels et la fascination durable que suscitent ces majestueuses créatures. A-t-on observé d’autres ours polaires depuis cet événement inusité de 1938 dans la région de Maria-Chapdelaine ? Le mystère reste entier.

Par Frédérique Fradet, archiviste,
Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine

Source des images :
Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P133 Collection Sylvie Deschênes, photographe : J.-E. Chabot, Roberval, 1938 (fonds non traité).
Article de journal : « Un rare visiteur est abattu », Le Soleil, Québec, 28 octobre 1938, sur BAnQ numérique [En ligne].

Principales références :
Fonds Joseph-Émile Chabot, P61, Archives nationales à Sept-Îles [En ligne].
Fonds PI 78 Studio Chabot, Centre d’archives de la MRC du Domaine-du-Roy [En ligne].
Jean-Pierre Rogel. « Comme un ours sur sa banquise », Québec Sciences, 5 septembre 2012 [En ligne].
Myriam Gilbert. « Un peu d’histoire, Société historique du Saguenay, Histoires de chasse », Le Réveil, 2 octobre 2012, p. 20.
Recensement du Canada de 1921 pour Hanric [sic] Gauthier, Quebec, Chicoutimi-Saguenay, Sub-district 20 – Péribonka and St Édouard (Parish), Alma, Ancestry, de la collection de Bibliothèque et Archives Canada [En ligne].
Recensement du Canada de 1931 pour Henri Gauthier, Quebec, Lac-St-Jean, 0014-Peribonka Vauvert St Amedee de Peribonka, Ancestry, de la collection de Bibliothèque et Archives Canada [En ligne].
Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, Facebook, 27 février 2024 [En ligne].
Société d’histoire et de généalogie Maria-Chapdelaine, P08 Fonds Laurent Tremblay. (vers 1964). Visite au Zoo de Saint-Félicien [vidéo]. Consulté sur LaVoute.tv [En ligne].
Vincent Larin. « Ours blanc abattu en Gaspésie, La capture, une opération complexe et risquée ici, mais courante au Manitoba », La Presse, 3 mai 2022 [En ligne].
Zoo Sauvage de Saint-Félicien, « L’histoire d’un Zoo unique » [En ligne]. 

Publié le avril 6, 2025
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